jeudi, octobre 5th, 2017

Benzema le poète maudit, un des suppliciés du foot français

La France n’aime pas les génies. Elle abhorre les rois. Bien souvent elle leur coupe le tète. Justement parce qu’elle est un pays de baronnies, un pays de petits caïds, d’obscurs potentats, qui s’emparent du pouvoir où ils l’exercent, puis font la pluie et le beau temps. Nous savons que dans la vie politique comme dans le monde des arts, chaque décennie enfante d’un homme exceptionnel, un homme au-delà de la norme, un guide ou un génie. Ces hommes-là ne sont donc pas légion. Après le règne sans équivoque de Zinedine Zidane et de Thierry Henri, la nouvelle génération de football, aurait pu être consacré un autre roi, le très talentueux Benzema. Quelques facétieux factieux, bien placés sur l’échiquier du sport, en ont décidé autrement. Et le petit peuple de France a suivi, sans trop avoir à donner son point de vue.

Sur la touche, Malgré le savoir-faire et le génie,

Benzema est resté sur la touche, une étoile filante, un météorite sur le sol hexagonal. A qui la faute ? Qui avait intérêt à lui barrer la route ? Puis, il n’y a pas que Benzema. Il y a beaucoup d’autres : des Patrice Evra, des Anelka, des Ribéry, Eric Cantona qui fut, en 1992, le premier français a marqué de son estampille, l’histoire du club anglais ; il a séduit et conquit Manchester United qui en fit un roi, devant les célèbres, Fergie Boys : David Beckham, Giggs, Scholes, les frères Neville.
Certains, comme Philippe Auclair, pensent que : «  Sans Eric Cantona le Manchester United d’aujourd’hui n’existerait pas. Alex Ferguson dont on parle aujourd’hui n’existerait pas ! » Le point commun à ces joueurs d’exception : ils sont souvent des génies ; leur soif de liberté fait peur et dérange le petit establishment du sport, tous les petits sans grades intellectuels ou spirituels, qui par la grâce de la patience et de la courbette ont fait leurs nids douillet.. Et qui rechignent à la céder….on est pas dupes, On peut comprendre ces gens-là. Ils sont les soutiers d’un système qui va à vau-l’eau, ils en sont les comptables et les architectes. Ils en connaissent les coins et les recoins, les pièges et les chausse-trappes. Ils ont grandi sous la peur panique du capitaine et l’intimidation des collègues et surtout par la peur du changement et de la nouveauté toujours aussi porteuse d’incertitudes. Alors on se contente, on se confine dans la facilité de l’habitude et donc de la routine…Surtout on n’ose pas. L’immobilisme devient une religion. Comme dans les belles dictatures où sénilité et folie font bon ménage…

Des rois toujours consacrés à l’étranger et par les étrangers.

Au chapitre des étoiles et des génies, il y a eu avant Benzema, un autre roi  sans culotte ni couronne : Thierry Henri. Cet autre surdoué, qui a failli faire pschitt à Paris. Il a opportunément connu la gloire que l’on sait en Angleterre, aux côtés d’un grand visionnaire du sport, Arsène Wenger , devenu son mentor et son pâtre. Ah le pâtre, le parrain ! En sport comme en politique, pas de parrain, pas de carrière assurée. Or un parrain peut être une duègne étouffante, un empêcheur de « jouer en rond » un vieux trop sage et trop ranci, parfois aigri, face à un jeune fou sûr de son génie et de son destin et de sa virtus …Cette forme de caporalisme ne peut vraiment pas aller à tout le monde. Affaire de goût ou de style et cela peut vite tourner au clash …

Clanisme, favoritisme et petite mafia entre amis

Revenons à nos exilés du talent. On se sent à l’étroit en France. Les places sont prises et ceux qui sont là, vous dédaignent ou vous accablent, parfois par habitude. Parce que c’est ainsi en France. Il faut savoir courber l’échine, faire de la génuflexion, se compromettre dans d’habiles « Combinazionnes… » A l’italienne. De la mafia administrative et sportive qui ne dit pas son nom. Le culte du clan et des intérêts très privés. Rien à voir avec le talent et le génie. C’est ainsi dans bien de domaine en France. Il n’y a pas que dans le sport que règne l’omerta des ascensions et des postes. Même dans la sphère publique, les administrations publiques, on cultive cet inaudible entre soi. Il faut donc savoir montrer patte blanche ou avoir un bon réseau. Avoir de l’influence, de la particule ou de l’héritage. La bonne couleur de peau ou le bon sang.

En France, trop briller c’est déranger, c’est parfois suspect…

Revenons à Thierry Henri. Exilé chez nos cousins anglais, il laisse exploser son talent. Puis, comme souvent, Henri a été rappelé et intronisé «  roi des buteurs en équipe de France ». Il devint vite l’homme providentiel, l’étendard du foot français. Mais, il lui aura fallu d’abord faire ses preuves à l’étranger. Qu’est- ce à dire ? Qu’est-ce que cela cache en réalité ?
C’est là une question à 1 000 000 euros. Pourquoi sommes-nous incapables d’introniser des rois, des grands artistes et des grandes personnalités. Pourquoi devons-nous toujours attendre que l’étranger, surtout, les anglais ou les espagnols rhabillent nos rois et nous les renvoient auréolés de toutes les grâces, de tous les atours, de tous les mérites que nous ne savons plus voir ?
Nous savons depuis toujours que la France parle d’Egalité. Elle est surtout passionnée par l’égalitarisme. Cette glorification de la communauté peut se retrouver dans cette autre fureur française, de déboulonner les icônes, de tirer sur les têtes de proue ou de mettre en mal toutes les situations par trop nouvelles, un peu trop spéciales ou particulières ? La France aime baigner dans la marre de l’égalitarisme, dans le magma des sans-étiquettes. Dans cet absolu, l’envie de dépassement, le désir de la singularité peut vite être suspect.

 

En sport en foot ou en politique, il faut se plier aux rites …

Nous avons, durement et longuement refusé aux femmes, le droit de s’affirmer comme individu autonome, capable de son libre arbitre. Il a toujours été dit que la femme était un être inferieur qui se devait de vivre sous la férule bienfaisante de son homme et de son maitre, le mari. Nous leur avons confisqué le droit de vote, par peur qu’elles ne s’affirment comme personnalité indépendante et pensante. Jusqu’à ce que Simone Weil vienne dire que la femme n’est pas qu’un vagin, mais aussi une cervelle, une tête et donc un capitaine, qui pense organise planifie et peut gérer sa vie, ses amours, ses maternités. Nous avons failli encore faire une révolution, certains taxant la grande Simone Weil de folle ou de salope lesbienne qui veut sortir les femmes de leur rôle traditionnel de «  mères et d’épouses dociles ».

Benzema a le cran de dire niet !

Comme quoi, la France a peur de la liberté. Elle aime bien les hommes liges, des anonymes qui se contentent de peu, ceux qui se fondent dans le lot et se rangent docilement. Benzema, n’est pas de cet acabit. Il a la faute d’être un pur-sang arabe, rebelle et orgueilleux, parce que pétri de talent. Il n’est pas assez doué pour être dans la short List de nos entraineurs blancs. Les héros sont des êtres atypiques. N’est-ce pas Monsieur De Gaulle. Ils ont le cran de dire «  NON ». Une force et une détermination qui leur permettent de se dépasser malgré la houle des évènements, les critiques et les procès en sorcelleries ou en «  Bonnes mœurs ». Comme si trousser une bonasse, qui fait métier de donneuse de plaisirs, était un crime de lèse-majesté, dans une France connue pour son goût du sybaritisme débridé, du libertinage et de la fine luxure. Mais de qui se moque-t-on ? Qui a le droit de brandir les sceptres ou les préceptes moraux lorsqu’on admet, sans le dire, que les hommes ne sont pas nécessairement égaux devant la loi ?

Pouah, toujours cette Morale à deux vitesses, ou à deux balles, comme notre justice, nos libertés, notre vision des autres. Ce refus criard de l’altérité et de la vraie tolérance. Personne ne viendra défendre ouvertement Benzema, le petit arabe, « le petit caïd » millionnaire. Aucune voix autorisée, officielle. Sauf quelques sans-voix osent encore s’indigner ! Personne ne crie au scandale. Tout le monde y pense, le constate. Et se détourne. Courage, fuyons.

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